Toucher l’Inde
S’il y a quelque chose de bien particulier ici, c’est la texture des choses, matérielles et immatérielles. Tout à l’extérieur des lieux conditionnés à l’air réfrigéré a un petit quelque chose qu’on pourrait décrire comme irrégulier, usé, par le temps qu’il fait et par celui qui passe, taché. Presque tout recèle quelque imperfection. L’air par exemple, est chargé, lourd, visible, non seulement aux mouvements involontaires des objets qu’il balance mais aussi visible distinctement, à la tombée du jour, à travers l’éclairage des autorickshaws. Une certaine odeur, unique à l’Inde et ses environs, est particulièrement divine. Je l’attribue à quelque plante ou fleur qui pousse aux abords des chemins. Cette odeur est presque toujours teintée, voire masquée, par le goût de la terre rouge, soulevée par le passage des camions, des voitures, des autorickshaws, des vélos et des chameaux, qui quelques fois remorquent jusqu’ici des charges imposantes. Les chemins, s’ils sont pour la plupart bien conçus, ne sont pas pour autant bien maintenus. Aussi, des ordures jonchent les pourtours des bidonvilles, et dans ceux-ci se superposent les gens les uns aux autres. Tout s’entremêle ici, la faune de-même, pour former un paysage disparate. Les Indiens disent de l’Inde qu’il y règne une anarchie fonctionnelle. La symbiose dans laquelle vivent les éléments qui la compose est évidente, mais la magie selon laquelle elle s’opère est, elle, mystérieuse.


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