Je viens de recevoir un document très éclairant (PDF - “1943 Guide to hiring women”). Il s’agit d’une coupure d’un magazine du temps de la deuxième guerre mondiale. On y retrouve les instructions données aux employeurs quant au mode de sélection, quant aux relations entre les employées et les superviseurs, ainsi que quant à l’organisation du travail comme tel.

On retrouve un peu de tout là-dedans: du sexisme bien entendu, mais aussi un abécédaire à l’attention des patron(E)s quant aux conditions travail. Ce dernier est fort intéressant car il affiche sans pudeur aucune la motivation première derrière chacune des mesures. Mes commentaires…
1. “Embauchez des jeunes femmes mariées!”

Ben oui! Elles travailleront davantage car elles seront dans une situation de dépendance économique vis-à-vis de leur employeur. Ceci est vrai des hommes pères de famille et des étudiants d’ailleurs. Je ne voudrait pas qu’on les oublie, donc d’un jet d’encre électronique, lorsque le contexte est favorable, considérez que l’analyse vaut pour eux aussi.

2. “Si vous embauchez des vieilles femmes, préférez celles qui ont de l’expérience de travail hors de la maison!”

Ha! Ha! Ça me rappelle l’arrêt Moge c. Moge ça. Allez lire! Allez Allez!

3. “Préférez les femmes plus musclées, robustes, elles sont en général d’humeur plus stable….”

Combien de patrons choisissent de belles - selon les standards d’aujourd’hui - jeunes filles qu’ils peuvent harceler par la suite?

4. “Faites passer un examen médical à chacune des candidates!”

Afin de débusquer celles qui ont tendance à s’absenter pour cause de maladie, etc. Quand on a l’embarras du choix, on donne raison aux darwinistes sociaux…

5. “Productivité avant tout.”

(…)

6. “Donnez aux employées des listes de travail très longue car elles ne sont pas autonomes…”

On dirait que les auteurs dans ce paragraphe arguent une chose et son contraire à la fois. Tandis que l’employé(E) n’a pas besoin de se faire dire quoi faire à chaque instant car il(Elle) est autonome, on ne peut le(A) laisser à lui(Elle)-même sans instructions précises car il(Elle) n’est pas autonome. ?! J’ai la berlue!?

7. “Permettez autant que possible aux employées de changer de poste de travail durant un même quart.”

C’est moins aliénant et ça garde motivé.

8. “Permettez aux employées de prendre des pauses.”

Ah bon, c’est qu’une machine ça chauffe et il faut la huiler de temps à autre afin d’éviter qu’elle ne brise…

9. “Donnez des instructions et réprimandez, mais faites-le avec tact!”

Ben oui! C’est démoralisant de se faire insulter, rabaisser, exploiter par quelqu’un qui manque de tact. Comme qui dirait, “en ajustant la peine de jouissance, c’est cent milliard à puissance mille” en sus de l’obligation de livrer une prestation de travail.

10. “Ne soyez pas grossier devant les femmes!”

(…)

11. “Fournissez aux employées des uniformes de la bonne taille.”

Tiens donc… ça me rappelle un certain petit acteur des années 30 qui, attaché à sa machine, se trémousse vêtu d’un uniforme trop grand pour lui: Charlie Chaplin, vous aviez deviné bien sur! Peut-être que c’est seulement parce qu’il était très petit, on n’avait pas pu lui en trouver un de la bonne taille dans tout Hollywood!? (DÉRISION EN MAJUSCULE)