Coming out: deuxième partie
Ce billet n’était pas planifié lors de l’écriture de la première partie (article précédent ==>) de mon coming out. J’ai été incité à écrire de nouveau sur le thème de l’enseignement religieux par un commentaire de Michel (commentaire ==>). Voici mes réponses, rapides certes, aux 20 questions posées par Michel sur le site Atheisme.fr (20 questions ==>):
1. Si l’on estime que la “vérité” n’est jamais que personnelle, partielle et provisoire, n’est-il pas légitime de pouvoir choisir effectivement, c’est-à-dire aussi librement que possible, ses conceptions philosophiques ou religieuses ?
Si la vérité n’est jamais que personnelle, elle n’est pas pour autant subjective. La Vérité avec un grand « V » est un concept qui renvoie à l’universel, à quelque chose de transcendant, à quelque chose qui n’est pas limité par la perception de tout un chacun. Sans élaborer inutilement ici sur le libre-arbitre et les facteurs environnementaux qui conditionnent les choix effectués par les être conscients que nous sommes (Humains), il faut admettre à mon avis que l’on peut choisir ses croyances mais pas la Vérité — entendue comme la « réalité concrète » par opposition au phénomène.
2. Mais un libre choix n’implique-t-il pas de disposer de toutes les alternatives ?
Trop c’est comme pas assez! N’êtes-vous pas libre de choisir ce que vous désirez manger parce que tous les mets du Monde ne sont présentés sur la table devant vous? Le sens de la liberté présuppose — en admettant l’existence d’une contrainte inhérente dans la rareté relative des options — l’information complète et objective quant aux options entre lesquelles choisir. Je ne sais que répondre de plus que ceci, on n’a que 24 heures dans une journée. Donc c’est utopique que d’espérer disposer de Toutes les alternatives.
3. Au-delà de l’approche traditionnelle (philosophique, voire théologique) du phénomène religieux, pourquoi ne pas tenir compte aussi, avant de choisir, des récentes découvertes psycho-neuro-physio-génético-éducatives à propos de la foi ? (Damasio, P. Jean-Baptiste, M. Beauregard, Ramachandran,…)
On n’a encore et toujours que 24 heures dans une journée! Par ailleurs, tant l’approche philosophique que « psycho-neuro-physio-génético-éducative » est limitée car l’essence de ces deux approches est la même, l’observation de phénomènes. L’approche philosophique est peut-être plus « narcissique » même que la méthode scientifique puisqu’elle contient son objet en elle-même. Les deux découlent d’une tradition logique et leurs limites respectives réside justement en ce que ce sont des objets avec lesquels on peut « jouer à la logique » — comme l’on fait de l’algèbre avec des variables et des constantes. Les représentations avec lesquelles on « joue à la logique » sont des représentations Imparfaites de la « réalité concrète ».
4. Bien qu’il soit impossible de démontrer l’existence ou l’inexistence de Dieu, y aurait-il actuellement des arguments probants en faveur de son existence imaginaire et illusoire, (ceci dit sans chercher à convaincre qui que ce soit) ?
« Arguments probants »… « existence imaginaire et illusoire »… mm…. Je ne suis pas doué en pataphysique, désolé!
5. L’éducation religieuse précoce est certes un droit constitutionnel, mais étant forcément affective puisque fondée sur la confiance et l’exemple des parents pratiquants et des éducateurs, ne laisserait-elle pas des traces ineffaçables dans le cerveau émotionnel de l’enfant (par plasticité neuronale et synaptique), et ne perturberait- elle pas, à des degrés divers, l’esprit critique de l’adulte, fût-il scientifique ou intellectuel, dès qu’il est question de religion ?
Sur la précocité : Je ne crois pas que l’expérience émotionnelle s’arrête à l’âge de 5-6 ans.
6. Dire : “Mes enfants choisiront plus tard…”, n’est-ce pas méconnaître ou minimiser, évidemment de bonne foi, l’importance de cette influence affective ?
D’accord. Surpris?!
7. Toutes les religions et toute éducation religieuse ne sont-elles pas basées sur la soumission, (fût-elle parfois rationalisée a posteriori), plutôt que sur l’autonomie et sur la responsabilité individuelle ? (surtout hélas l’éducation coranique prise à la lettre, potentiellement susceptible de dérives, fussent-elles rarissimes).
Le cheminement spirituel peut être généralement exprimé comme une voie de l’amélioration de soi, du développement des capacités de l’Humain. Pour tous et chacun, la transmission de la connaissance peut se faire par l’expérience, par l’enseignement magistral, par lavage de cerveau ou autre méthode. Soit, l’éducation du maître au disciple implique une soumission de la part du disciple. Celle-ci n’est pas pour autant involontaire parce qu’elle est soumission. Gibran que vous citez (Ces enfants sont de vous mais leurs idées leurs appartiennent), je le comprends autrement. Le lieu de leurs idées, l’espace de leur fixité, est en eux. Les idées s’appartiennent à elle-mêmes. L’éducation est une transmission de connaissance. La soumission n’est pas acceptation…
Sur ce dernier point (La soumission n’est pas acceptation…), il faut reconnaître que nous nous écrasons tous à un moment ou un autre devant l’autorité — du professeur qui nous dit de nous asseoir et d’écouter par exemple — mais il n’y a pas là acceptation. La révolte n’a pas besoin d’être manifesté dans les comportements expressifs. Ceux-ci sont utiles pour communiquer sa révolte. Le rejet d’une croyance suffit.
8. Face aux prodiges de la nature (par exemple le génome, les différents stades embryonnaires, le cerveau, l’oeil, …), et aux lacunes de nos connaissances actuelles, n’est-il pas quand même un peu rapide, simpliste et sécurisant de conclure qu’il existe nécessairement un dieu, dont on a la révélation et auquel on se soumet, ou un grand architecte de l’univers, euphémisme symbolique du précédent …?
Il y a dans cette question une confusion entre anarchisme politique et pensée critique qui est exprimée dans l’expression consacrée « Ni dieu ni maître! » Comme si la liberté politique, intellectuelle, économique — nécessaires dans une certaine mesure — était synonyme indissociable d’athéisme…
Par ailleurs, de l « ’euphémisme symbolique » de l’ « architecte de l’univers » au « dieu, dont on a la révélation et auquel on se soumet, » il n’y a pas qu’un simple rapport de juxtaposition : la première expression implique une action (soumission à la lettre de la loi) ainsi qu’une doctrine (la parole de dieu révélée) tandis que la seconde expression en est pour ainsi dire entièrement dépouillé.
Sécurisant, soit. Simpliste, je n’en sais rien. Mais une chose est certaine, la croyance en l’existence de dieu n’est ni plus simpliste ni plus sécurisante que l’idolâtrie de la science ou de toute chose matérielle. Il y a de ces questions sur lesquelles la science n’a pas encore le fin mot. Comment sont les dinosaures disparus par exemple. Mais voilà une colle : Une âme survit-elle individualisée après la mort du corps? Quel est le sens de la vie? Si l’univers est en expansion, en quoi est-il contenu? Et pourquoi pas… Qui avait-il avant le Big Bang?! Ha! Ha! Pas facile…
9. Ne serait-ce pas parce qu’il est très difficile de prendre conscience de l’influence que l’évolution animale a exercée pendant des millions d’années sur le néocortex, devenu capable d’imaginer, par anthropomorphisme et grâce au langage, un “Père protecteur, agrandi et substitutif” (R.P. Antoine Vergote professeur à l’U.C.L.), en réponse à la peur de l’inconnu, dont la mort, et aux besoins d’amour, d’espérance, d’identité et de sens à donner à l’existence ?
Pourquoi pas… je ne crois pas que chacun doive se taper une crise existentielle avec le sens de la vie. Selon Becket, il faut la remplir d’actions. La satisfaction que procure une réponse à l’ensemble de ces questions ne décharge pas l’individu de la tâche d’exister. Il faut encore agir, sinon en finir d’une vie vide de sens…
10. A contrario, les parents incroyants n’ont-ils pas constaté depuis toujours qu’en l’absence d’éducation religieuse et/ou d’un milieu culturel religieux, la foi n’apparaît pas ?
Les « parents incroyants » n’ont-ils pas « constaté » « depuis toujours » demandez-vous. 1. Qui sont ils ces parents, des avocats plaidant l’inexistence de dieu ou des individus n’ayant pas fait l’expérience de la foi? 2. Comment constate-t-on la foi? Et que pourrait-on bien faire d’une machine qui la mesure?! 3. Toujours, toujours, toujours… ça me rappelle une chanson!
11. Pour qu’un libre choix ait les meilleures chances de se concrétiser, ne faudrait-il pas d’abord que les parents croyants, à l’instar des incroyants, n’inspirent pas à leurs enfants de faux problèmes métaphysiques et visent plutôt à développer davantage leur esprit critique à tous égards et une force intérieure suffisante ?
N’y a-t-il pas une différence à faire entre spirituel et dévot? Du reste, je ne peux spéculer sur le sens de « faux problèmes métaphysiques », « esprit critique à tous égards » et « force intérieure suffisante »…
12. Bien que la religion soit une affaire privée, ne faudrait-il pas que les enseignants, croyants ou non, idéalement réunis en un seul réseau pluraliste, acceptent honnêtement et sans prosélytisme, de faire découvrir aux enfants et aux adolescents, à leur rythme, toutes les options : croyance, déisme, agnosticisme, incroyance, athéisme, morale laïque, libre pensée, franc-maçonnerie, etc … ?
24 heures…
13. Enseigner (intellectuellement) “le fait religieux”, ne serait-ce pas le moyen de compenser l’influence familiale unilatérale et de réduire ainsi les inégalités socioculturelles, voire de remettre en question ou de nuancer la légitimité d’un enseignement confessionnel élitiste, perçu de plus en plus comme un ghetto anachronique, au profit d’un enseignement officiel (belge) de meilleure qualité ?
À quoi mesure-t-on la qualité d’un enseignement? À ses résultats peut-être… Quel bienfait espérer des changements culturels qui résulteraient d’un enseignement « de meilleure qualité? »
14. Au lieu de laisser les sectes et autres évangéliques harponner de plus en plus de croyants déçus par les religions traditionnelles, et même certains incroyants, n’est-il pas urgent de rendre illégaux l’abus de faiblesse et la manipulation mentale et de promouvoir la morale laïque, même si elle est rétive à tout prosélytisme ?
« L’abus de faiblesse et la manipulation mentale »… Wow! C’est brillant. Ils devraient ajouter cela à la Loi sur la protection du consommateur. La fraude, le vol et l’extorsion sont des actes illégaux dans la plupart des juridictions du monde occidentalisé de toute manière.
Quant à la morale laïque, qui en est l’auteur? Je ne crois pas que le verbiage « morale laîque » résolve d’aucune manière le complexe évoqué par Nietzsche ou Kierkegaard.
15. A présent en effet que les valeurs morales ne peuvent plus être imposées dogmatiquement, ne faudrait -il pas faire en sorte qu’elles soient concrètement et librement découvertes et acceptés par le plus grand nombre ?
Les églises n’ont plus le monopole des dogmes depuis qu’ils ont perdu le premier rang des porteurs d’opinion. En matière de sexualité par exemple, d’éthique bio-médicale ou encore d’économie sociale, il y a des porteurs d’opinions qui érigent en dogmes des croyances qui sont le fruit des intérêts de groupes déterminés. Ainsi, si l’on pouvait blâmer les hommes de vouloir perpétuer un système patriarcal à travers l’érection en dogmes religieux de pratiques culturelles comme le mariage des filles vierges, l’indissociabilité des mariages, l’interdiction de succéder des femmes, etc. on peut blâmer encore aujourd’hui un groupe ou un autre de soutenir une position morale (laïque, c’est vrai) qui ne fait bien que son affaire et qui n’est pas représentative d’une Vérité transcendante.
16. N’est-il pas temps aussi de faire comprendre à tous ceux qui l’ignorent que comme le prouve par l’absurde la délinquance juvénile – la conscience morale, le respect de l’autre et de sa différence, la tolérance, le sens des limites, l’autonomie, l’esprit critique, la responsabilité individuelle, etc., ne peuvent apparaître qu’au prix d’une éducation “humanisante” précoce, fondée sur l’exemple et sur des expériences affectives, vécues ou suggérées par empathie, parfois a contrario ?
Des exemples SVP.
17. Enfin, n’est-il pas urgent de faire découvrir que l’on peut donner à l’existence un sens non aliénant, moins individualiste, et comportant une spiritualité laïque aux multiples facettes, tant individuelles que collectives, visant à la fois l’épanouissement individuel, la solidarité et la recherche d’un consensus de valeurs communes, bien au-delà des conflits économico-politiques ?
Un souffle de pensée humaniste serait effectivement bienvenu.
18. La tolérance, dont il faut veiller à ce qu’elle ne tolère jamais l’intolérable, ne consiste-t-elle pas à respecter les individus (et ce, d’autant plus s’ils ont remis en question leurs conceptions, s’ils sont tolérants et respectent les valeurs humanistes telles que la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant), mais pas nécessairement leurs idées, toujours critiquables ?
La condition posée au respect (remise en question des conceptions, tolérance et respect de la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant) indique possiblement deux choses. De deux choses l’une, ou bien la tolérance de ce qui est tolérable est une expression creuse et vide de sens, un écran de fumée pour contrôler le monde ou bien de deux choses l’autre, il existe donc un fondement à des valeurs humanistes, absolues, applicables à tous les humains sans égards à leur culture.
19. Ne serait-ce pas une manière – soyons optimistes à long terme – d’inciter les humains, sous toutes les latitudes, à l’apprentissage des relations humaines, à la citoyenneté, à la coexistence pacifique entre les cultures, et de freiner l’islamisation de la modernité au profit de l’adaptation de l’islam à la modernité ?
« Islamisation de la modernité » c. « adaptation de l’Islam à la modernité »… On ne parle plus d’athéisme ici!? Je me trompe?!
20. Même si une telle vision est utopique, ne mérite-t-elle pas d’être débattue ?
Laquelle???


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Réponse de M. Thys à ma réponse à ses 20 questions… bref un échange d’ides! « deactivate.wordpress.com a dit ceci sur 5.mars.2008 à 10:15 |
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Ma réponse à la réponse de M. Thys… « deactivate.wordpress.com a dit ceci sur 5.mars.2008 à 10:27 |
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La réponse de M. Thys à mon billet… « deactivate.wordpress.com a dit ceci sur 7.mars.2008 à 9:09 |