A) Billet sur la place de l’enseignement religieux à l’école québécoise (23 janvier 200
;
B) Commentaire de M. Thys (15 février 200
;
C) Billet en réponse (16 février 200
aux 20 questions de M. Thys (site externe);
D) Réponse de M. Thys (17 février 200
;
E) Et mon billet en réponse qui suit:
Note: La numérotation suit toujours les “20 questions”
1. J’ai dû mal interpréter votre question. Vous faites pourtant une première proposition relative (« que la “vérité” n’est jamais que personnelle, partielle et provisoire ») dans votre question. J’en induit que vous opposez cette « vérité » à une vérité « personnelle, partielle et provisoire ». Ne croyez vous pas qu’il y a au fond des choses, derrière les phénomènes, une quelconque « réalité concrète », avec ses règles propres?
3. Lorsque vous écrivez qu’ « En « sciences humaines », la vérité est plus subjective qu’ailleurs… », j’en conclu qu’un point de contention entre nos conceptions des choses est le suivant: la nature de la vérité. Lorsque je classe dans le domaine de la logique la philosophie et la science confondues, c’est parce que je confine dans un autre domaine la « vérité » (que je crois absolue, transcendante, échappant à la subjectivité), un domaine qui m’échappe. Agnostique?!
4. Vous aurez relevé dans mon commentaire un brin d’humour, je l’espère. Je suis parfaitement d’accord avec vous sur ce point. Par ailleurs, notre discussion à propos de la question no. 4 est peut-être limitée du fait que nous venons tous deux d’une société judéo-chrétienne. Dans les religions sémitiques qui y évoluent, la conception de dieu est une conception hautement personnalisée. Si dieu nous a fait à son image, on conçoit celui-ci comme à notre image également. D’où un ensemble de qualités et de facultés humaines qui lui sont prêtées.Dans les traditions bouddhistes, au contraire, l’idée, le concept, de «quelque chose» d’universel ou transcendant n’est pas personnalisée. Pour ce que je connais du bouddhisme… c’est seulement un « peut-être » que je voulais exprimer ici.
7. Merci de votre réponse une fois de plus. Cette idée de la relation du maître au disciple comme reposant sur la confiance plutôt que la soumission est enrichissante. Croyez vous qu’il y a quelque chose d’immoral (ou de mauvais ou d’indésirable si vous êtes amoral) dans l’abus de confiance que l’enfant prête à ses éducateurs?
8. Vous n’êtes pas spécialiste? Que faire des spécialistes de toute manière? Ils se contredisent entre eux… L’important à mon avis c’est de se poser ces questions (quoiqu’il n’y a pas de mal à ne pas se les poser non plus) et d’ouvrir son esprit à un tel
questionnement.
10 et 11. C’est probablement ce qui devrait se trouver dans ma liste de lecture pour l’année prochaine: la nature de la foi. Extrêmement intéressant: mimétisme neuronal. Il y a dans la communion, à titre d’exemple, une expérience psychologique de groupe. Cette expérience comme telle, le fait qu’il y ait un phénomène qui se produit — sans égards à notre croyance quant à l’opération du de l’esprit saint — est également intéressante. Que sont ces choses que la foi, l’expérience de la prière, la communion, etc.?Pour défier les doctrines théologiques (ou dogmes) avec succès (c’est mon avis), il est préférable de ne pas les attaquer de front avec une contre-doctrine; le combat se gagne plutôt en les affrontant sur un autre terrain, celui de l’expérience. D’une meilleure connaissance de ces phénomènes découle nécessairement un questionnement sur le contenu substantif et normatif des dogmes. Qu’en pensez-vous? Est-ce que ça devrait faire partie d’un enseignement critique de qualité?Un auteur que j’aimerais lire bientôt, le physicien français Jean E. Charon (Site externe), auteur de L’être et le verbe; L’Esprit, cet inconnu; J’ai vécu quinze milliards d’années; Mort voici ta défaite; et L’esprit et la science.
12. D’accord. Je demeure néanmoins incertain que l’école soit le lieu et la place pour ce faire. Je suis pragmatique ici et non idéaliste. Ça devrait être le lieu et la place. Mais les enseignants québécois sont parfois bêtes et j’ai déjà fait le pari que la réforme proposée au Québec va faire des flammèches en septembre. Je tiens donc mon pari. Je me ferai l’apôtre d’une plus grande réforme si je le perds!
14. Merci encore de contribuer à maintenir une discussion si enrichissante vivante. À lire votre réponse quant à l’essence contradictoire de la morale laïque et de la morale religieuse, je constate que mes dilemmes moraux que je notais plus haut ne sont peut-être pas entièrement résolus! (Je ris en écrivant ceci.) C’est très intéressant ce que vous écrivez. Vous prêtez donc une grande valeur à la morale laïque en ce qu’elle est la seule morale apte à susciter l’aval d’une société plurielle. Il s’agirait d’une morale qui accommode la pluralité, tenant en compte tant les valeurs morales religieuses de certains individus qui composent la société que d’autres les autres valeurs morales. Je vous comprends bien?!Cette position est d’ailleurs compatible avec la conception de la morale qu’a adopté la Cour suprême du Canada dans l’affaire R. c. Labaye (Droit d’opérer un club d’échangiste en contravention de l’infraction de « tenir une maison de débauche »). Au par. 34, la juge en chef McLachlin (qui a rendu l’opinion majoritaire dans ce jugement) écrit : «La société canadienne, dans sa Constitution et ses lois fondamentales semblables, ne reconnaît pas officiellement d’opinions religieuses particulières, mais plutôt la liberté d’avoir des opinions religieuses particulières. Cette liberté n’appuie aucune opinion religieuse en particulier, mais affirme le droit à une variété d’opinions différentes.»
16. Je vous renvoie ici à mon commentaire sur la question no. 15 («Ainsi, si l’on pouvait blâmer les hommes de vouloir perpétuer un système patriarcal à travers l’érection en dogmes religieux de pratiques culturelles comme le mariage des filles vierges, l’indissociabilité des mariages, l’interdiction de succéder des femmes, etc. on peut blâmer encore aujourd’hui un groupe ou un autre de soutenir une position morale –laïque, c’est vrai– qui ne fait bien que son affaire et qui n’est pas représentative d’une Vérité transcendante.»).
Dans les exemples que vous m’avez écrit, il y a certes matière à dilemme moral et je suis d’accord avec vous que la résolution de ceux-ci en excluant la morale religieuse est une solution humaine. Je ne crois toutefois pas que la morale religieuse ne soit pas humaine.Dans la résolution de ces dilemmes, la solution démocratique sera souvent (corrigez-moi si j’ai tort) celle qui va dans la direction d’un laisser-aller, d’une plus grande liberté individuelle : divorce, avortement, contraception, eugénisme, euthanasie, etc. Je ne me prononcerai pas sur la justesse de chacune de ces choses; mais admettez avec moi que celles-ci sont possibles uniquement parce que nous avons placé dans nos sociétés la morale laïque au dessus de la morale religieuse. Bien ou mal nous en prenne, c’est une autre question.Je crois, pour répondre à cette dernière que j’ai lancé en l’air, que mal nous en a pris en matière d’avortement par exemple. Au Québec ils ont lieu en plus grand nombre qu’avant — la faute revient peut-être aux lacunes dans l’éducation reliée à la santé sexuelle et reproductive — au point où ça devient alarmant. Et à qui est-ce que ça a profité? Aux médecins qui pratiquent les avortements en premier lieu. Toute la série de décisions au Canada qui ont mené à la décriminalisation de l’avortement sont des décisions qui ont été rendues dans des affaires où le médecin était accusé, pas la femme.
18. Je me suis peut-être fait ici l’avocat du diable. Je suis d’accord avec vous, peut-être pour des raisons pas si différentes : je tiens comme des valeurs primordiales le respect de l’intégrité humaine et le droit à la vie.


No comments
Flux de commentaires pour cet article