Afin de faciliter la lecture de notre échange, je vais créer une page distincte qui reprendra le contenu des échanges que nous avons eu ensemble M. Thys et moi-même. Pour les fins du présent billet, voici une chronologie des discussions qui précèdent ce billet:

A) Billet sur la place de l’enseignement religieux à l’école québécoise (23 janvier 200 8) ;

B) Commentaire de M. Thys (15 février 200 8) ;

C) Billet en réponse (16 février 200 8) aux 20 questions de M. Thys (site externe);

D) Et maintenant… la réponse de M. Thys (17 février 200 8) qui suit:

Note: La numérotation suit celle des “20 questions”

“[...] étant entendu que le but de cet échange de vues n’est évidemment pas de chercher à nous convaincre mutuellement, mais de mieux discerner nos points de convergences et de divergences.

1. Vous reliez la « Vérité transcendantale » à l’univers, à un être transcendant. Bien qu’une telle vérité ne soit pas crédible à mes yeux, puisque je la considère comme un des fruits de l’imagination, je peux comprendre qu’elle soit crédible pour un croyant : j’ai en effet été croyant -protestant- jusqu’à 21 ans, puis déiste, agnostique, incroyant, et athée à 25. J’en ai 69. Je pense qu’on ne choisit pas ses croyances, du moins celles imposées (« de bonne foi », par la famille et le milieu culturel.J’observe que, statistiquement, mais aussi dans mon cas, l’apostasie est rare après l’âge d’environ 25 ans, et impossible chez les musulmans et les évangéliques, à défaut d’alternatives non aliénantes (à de rarissimes exceptions près qui confirment la règle).On ne choisit pas non plus la Vérité, puisqu’elle découle des croyances. C’est pourquoi la « vérité » me paraît devoir être personnelle, partielle et provisoire, mais pas nécessairement subjective, dans la mesure où elle s’échafaude sur base du libre examen et de l’esprit critique, à partir d’observations scientifiques, toujours révisables en fonction d’éventuels éléments nouveaux.Mais il va de soi que l’objectivité totale n’existe pas.La vérité n’est pas pour moi une réalité concrète mais seulement possible.

2. Je n’aurais pas dû écrire « disposer de TOUTES les alternatives”, mais de celles différentes de la croyance.

3. Je ne pense pas qu’ « on joue à la logique » avec les observations psycho-neuro-physio-éducatives. Ce ne sont que des hypothèses de travail, même si, en l’absence d’observations contraires, il faut rester prudent en ne formulant pas de conclusions hâtives, a fortiori dans un domaine aussi complexe, sous tous ses aspects, que la foi. En « sciences humaines », la vérité est plus subjective qu’ailleurs …

4. Il n’est pas question de pataphysique et de solutions imaginaires. La question est de savoir si l’imagination, dont seul le primate humain a été pourvu avec le langage par l’évolution, a pu imaginer un dieu protecteur et substitutif pour sa défense et son bien-être. Cela me paraît hautement probable, mais je ne peux pas dire certain.

5. En effet, l’expérience émotionnelle dure toute la vie, mais celle de la prime enfance, en l’absence de correctif par l’esprit critique, laisse toujours des traces dans le cerveau affectif.Ce fait ne me paraît plus contestable, ni d’ailleurs contesté, puisque les éducateurs religieux s’emploient, à dessein, à accentuer cette imprégnation affective dès l’enfance.

6. Non, je ne suis donc pas surpris que vous reconnaissiez donc cette influence affective.

7. L’éducation du maître au disciple n’implique pas une soumission de ce dernier, mais une confiance. Quand Khalil GIBRAN écrit : « les enfants ont leurs propres idées », il veut dire à mon avis qu’ils ont le droit, aussi tôt que possible, d’avoir leurs propres idées et non celles de leurs parents. Entre-temps, l’univers mental de l’enfant est essentiellement magique et ludique.

8. L’athéisme n’a évidemment pas l’apanage de la liberté, quelle qu’elle soit. Mais il serait prévisible et légitime de penser que les croyants qui n’ont pas remis en question leur foi, notamment quant à ses origines, sont moins libres que les athées, en tous cas ceux qui sont passés de la croyance à l’athéisme. A mes yeux le « grand architecte de l’univers » est l’équivalent déiste du dieu théiste.On l’a interprété comme « le symbole des lois et des forces qui président à l’évolution universelle d’une façon toujours plus harmonieusement adaptée aux conditions de la vie ». Mais cette conception optimiste me semble plutôt contredite par ce que l’homme a fait de la nature, par la violence dont il a toujours fait preuve, par les injustices, etc …Grand architecte et dieu expriment tous les deux le même anthropomorphisme, le même déterminisme et le même finalisme. Il me semble qu’il y a longtemps que plus personne n’est positiviste : le temps est passé où l’on pensait que la science allait tout expliquer et ne serait qu’une source de progrès.La vigilance s’impose plus que jamais sur l’usage que l’on en fait.

« Une âme survit-elle » ? Je ne peux pas m’imaginer ce qu’elle pourrait être, si ce n’est le souvenir qu’on laisse, ou « l’esprit » qui a présidé à ce que l’on a réalisé.Le sens de la vie, c’est, me semble-t-il, de contribuer à rendre les autres aussi heureux que possible et à faire sa part dans la construction du progrès humain. Pourquoi l’univers devrait-il être contenu dans quelque chose ? C’est anthropocentrique !Déjà ANAXAGORE, vers 400 avant notre ère, pensait que la matière n’a ni commencement ni fin et qu’elle est le résultat de combinaisons et de séparations. Ce que confirmera, au 18e siècle, Antoine de LAVOISIER en découvrant les lois de la conservation de la matière, résumées par son génial principe : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». En simplifiant à outrance, disons que si le « big bang » n’est actuellement plus contesté, il n’est pas pour autant synonyme d’ « instant initial » ou de « création », puisqu’il y avait déjà de la matière (des isotopes d’hydrogène, d’hélium et de lithium) et de l’énergie, sous forme de micro-ondes. D’autre part, l’accélération de l’expansion de l’univers (et non son « effondrement » par « big crunch ») n’est plus contesté non plus, ce qui suggère qu’il est infini et éternel, et qu’au-delà de « notre » univers observable, il y en a sans doute une infinité d’autres, et une infinité de big bang … Déjà DEMOCRITE, notamment, vers 350 avant notre ère, avait compris que « les mondes sont innombrables » ! Mais je ne suis pas spécialiste !

9. D’accord.

10 et 11. Les parents incroyants constatent (« toujours » est inutile) que leurs enfants n’ont pas spontanément la foi ( il faudrait pour cela qu’ils subissent des influences extérieures et incontrôlées). Il leur suffit de répondre à leurs interrogations, au fur et à mesure.Les parents croyants au contraire, témoignent de leur foi par leur comportement (prières, fêtes religieuses, …). La foi se constitue alors par mimétisme des parents et des éducateurs croyants. Les « neurones miroir » jouent sans doute un rôle.

12. Faire découvrir non pas « toutes » les options aux adolescents, mais les plus importantes : ne fût-ce que par honnêteté intellectuelle. Entre 1952 et 1958, à Bruxelles (Etterbeek), les deux pasteurs que j’ai connus nous cachaient volontairement toute autre option que la croyance !). Ce ne serait plus possible aujourd’hui … !

13. J’aurais dû ajouter « enseigner le « fait religieux » ET le « fait laïque » »…La qualité d’un enseignement se mesure certes à ses résultats, mais aussi à l’harmonieuse adaptation des jeunes à tous les aspects de la modernité.

14. A propos des sectes, j’ai eu l’occasion d’avoir un dialogue, à partir des mêmes 20 questions avec un défenseur des « nouvelles spiritualités ». Il est lisible via Google :« Réponse à un libre penseur, par André TARASSI ». Mais je ne voudrais vous saturer de ma prose ! Disons en deux mots que l’endoctrinement, qui vise d’ailleurs à dépouiller les adhérents, est pire à mes yeux qu’une simple escroquerie ou un simple vol.La morale laïque n’a pas pour but de répondre ni à NIETZSCHE ou à KIERKEGAARD, ni à aucun philosophe, même si l’étude de leur texte est intéressante, mais, du moins à mes yeux, ils n’ont plus qu’un intérêt historique.La morale laïque n’a été inventée par personne. Elle s’est constituée progressivement, d’abord en réaction avec le dogmatisme catholique de la morale religieuse. Sarkozy les estime « complémentaires » !! Pas du tout ! Certes, elles ont en commun le respect de certaines valeurs, mais pas leurs priorités, et leurs fondements sont différents et même contradictoires. En effet, la morale religieuse implique la croyance exclusive en un dieu révélé et en un texte “sacré” auxquels on se soumet, et elle impose le respect des valeurs morales qu’elle édicte. La morale laïque, au contraire, incite à l’ouverture à la différence de l’autre, à l’autonomie et à la responsabilité individuelle, chacun n’ “obéissant” qu’à sa conscience, qui est son seul juge. Les valeurs morales y sont librement découvertes, acceptées et respectées. Mais il va de soi que la soumission à un dieu, à des degrés divers selon les religions et les individus, restera toujours un droit fondamental, d’autant plus respectable que la foi n’aura pas été imposée dès l’enfance mais résultera d’un libre choix.

15. La morale laïque ne s’impose pas. Elle exclut toute référence à une transcendance, mais, n’en cache pas l’existence, et rien n’empêche que quelqu’un lui préfère la morale religieuse.

16. Des exemple ? C’est à partir de dilemmes moraux, dans la vie courante ou à propos de l’actualité que les professeurs de morale incitent les adolescents à réfléchir et à édifier leur conscience morale autonome et responsable. Par exemple, faut-il dénoncer un dealer ou le laisser continuer à risquer que certains meurent d’overdose ? Un médecin doit-il faire une transfusion nécessaire à la survie d’un enfant si ses parents musulmans ou membres d’une secte s’y opposent ? Faut-il, au nom du principe catholique de « respect de l’ « être humain » dès la fécondation de l’ovule », laisser vivre un enfant viable mais malformé au point que sa qualité de vie ne sera pas digne d’un être humain (sans compter les épreuves de ses parents, mais pas celle des religieux moralisateurs …) ? Les solutions, en l’absence d’un dieu, sont plus compliquées, mais plus humaines …

17. O.K.

18. La tolérance, ce n’est pas « supporter » celui qui est différent. C’est l’accepter dans sa différence, parce qu’elle est enrichissante et source de dialogue et de compréhension mutuelle. C’est l’accepter en tant que personne, même si l’on ne partage pas ses idées ou ses croyances qui, elles, sont toujours critiquables, même si l’autre est victime d’un système qui ne lui a laissé aucun choix. Ceux qui ont imposé leur croyance sont par contre critiquables.En vertu des valeurs humanistes et universelles de respect de la dignité humaine, les laïques engagés dont je suis, vous l’aurez compris, considèrent comme étant intolérable des pratiques religieuses ou traditionnelles telles que l’excision, a fortiori sous nos latitudes.

19. C’est la coexistence pacifique (mais il y a les « fous d’Allah, incurables … !), malgré les différences « socialement admises », au-delà des différences entre les croyants et les non-croyants, et malgré les inégalités socio-économiques, qui est l’objectif de l’humanité et la gageure de ce siècle.Dans l’immédiat, bien que Belge, je suis effrayé par les positions du nouveau président français, inconscient de l’influence sa religion sur sa fonction et qui, c’est un comble, la conjugue avec une volonté de pouvoir quasi dictatorial, dont tant d’exemples tragiques jalonnent l’histoire… !

20. C’est évidemment d’une vision humaniste, qui n’exclut pas pour autant celle des croyants, qu’il importe de débattre, me semble-t-il.”