Tel que promis dans un billet rédigé aujourd’hui même, voici une page dédiée à une discussion sur l’enseignement religieux.

Coming out: la place de la religion à l’école 23.janvier.2008
Quand j’étais petit garçon, la CSDM (Commission scolaire de Montréal) se nommait encore CECM (Commission des écoles catholiques de Montréal). J’avais habitude d’arpenter les corridors à l’heure de la catéchèse, faute de cours d’enseignement moral. (Belle idée encore!) J’ai aujourd’hui 25 ans et pourtant dans un passé pas si éloigné la lutte pour la déconfessionalisation des services publics n’était pas achevée.

Maintenant, près de 20 ans plus tard, le MEQ (Ministère de l’éducation du Québec) se propose de relever en plus de sa mission de socialisation des enfants la mission solennelle de leur fournir une éducation religieuse apte à gérer la diversité culturelle du Québec moderne. Allez faire un tour sur le site du Ministère. Ça a l’air beau comme ça mais Mgr Ouellet devant la Commission Bouchard-Taylor a dit quelques choses intelligentes. Notamment, laissez à l’Église le soin de fournir l’éducation religieuse. Quelle genre de bibitte va bien sortir des manuels scolaires l’automne prochain? Quel bouillie intellectuelle va-t-on servir à mes enfants un jour? Ça sent l’athéisme d’état. On a assez entendu de porte-paroles d’une révolution passée en vanter les mérites à ceux qui n’avaient pas encore vu le jour lors du passage tranquille du Québec au Québec moderne. Car au fond c’est toujours un peu ça aussi une révolution: on occulte le passé et on proclame aujourd’hui les temps modernes… comme tant d’autres l’avaient fait auparavant.

LA QUESTION QUI TUE: L’athéisme d’état est-il une religion comme une autre, la permutation d’un mal par un autre, une doctrine de plus? Est-il contraire à l’idéal laïque, citoyen? Quelle est le rôle de l’école dans une société laïque vis-à-vis l’enseignement de la religion?

Voici un extrait d’une critique de livre sur la laïcité que j’ai trouvé ce matin: “Condorcet mit l’enseignement comme condition de l’apprentissage de la liberté, ce que synthétise Catherine Kintzler en ces termes : La métamorphose de l’homme en citoyen ne repose pas sur l’abnégation, l’enthousiasme et la croyance en des «valeurs», mais sur un travail de reconquête de soi-même qui suppose l’épreuve du doute et dont le modèle est le processus de la connaissance. D’où l’enjeu de l’école, qui devrait être, loin des enseignements doctrinaires ou du relativisme culturel, le lieu d’apprentissage de la pensée critique. L’usage courant qui est fait actuellement dans l’enseignement de la tolérance, selon lequel toutes les opinions sont respectables aboutit à juxtaposer différentes «valeurs» et croyances où chacun, chaque groupe s’identifie à lui-même et campe sur son propre espace : le moindre contact, dès qu’il sort de l’indifférence ou de la curiosité polie, ne peut alors être qu’un affrontement. Au contraire, la laïcité ne pouvant s’enseigner comme une évidence suppose « une formation à la pensée réflexive et critique […] Que cet espace critique soit abandonné ou ébranlé, et le concept de laïcité s’en trouverait affecté.”

J’ai hâte de voir ce que va plaider l’ami Julius Grey à la Cour supérieure cet automne. Je prédis des temps joyeux dans les cercles intellectuels athé-anti-athé-pro-religieux-laïques-conservateurs lorsque les élèves vont rapporter des manuels scolaires qui provoqueront un choc des générations assurément!

§

15.février.2008 à 11:29

Michel THYS

D’accord avec vous quant à la bouillie de six religions que l’on veut faire ingurgiter aux adolescents ! Alors qu’il suffirait de leur fournir une information minimale à leur sujet. Mais, vous en conviendrez, je constate que l’on privilégie anormalement dans les deux programmes la découverte de la seule expérience religieuse catholique, ce qui ne peut que favoriser le communautarisme !
Par contre, il est loin d’être question de vouloir instaurer un “athéisme d’Etat” ! On n’y fait même pas la moindre allusion (ce qu’exigerait pourtant l’honnêteté intellectuelle), aux principes, aux valeurs, aux fondements et aux objectifs de l’humanisme laïque, à titre de comparaison !
A notre époque d’ouverture à la différence de l’autre et de pluralisme des cultures et des convictions, il faudrait au contraire, à mes yeux, promouvoir un système éducatif qui permette aux jeunes, non plus de se voir imposer les convictions de leurs parents, mais qui leur permette de choisir, aussi librement et aussi tard que possible, de croire ou de ne pas croire ! Oui, je sais, c’est inhabituel … Je me permets de vous copier-copier coller un courriel adressé à La Voix de l’Est, qui vous en dira davantage :

From: Michel THYS
To: redaction@lavoixdelest.qc.ca ; opinions@lavoixdelest.qc.ca
Sent: Monday, December 03, 2007 11:45 PM
Subject: Les droits des parents à la Commission Bouchard-Taylor.

Bonjour,
Je souhaite réagir à l’article du 29 novembre de
Dominique RAINVILLE et Martin THERER.
Ils estiment :
- qu’il faut “reléguer aux parents le choix de faire eux-mêmes l’éducation religieuse qu’ils souhaitent”,
- qu’il faut “respecter le choix des parents d’inscrire ou non leurs enfants au cours d’éthique et de culture religieuse”,
- que la Commission doit “adopter le choix de la
majorité”, sans quoi ce serait faire preuve d’un
“totalitarisme brimant les droits et les libertés
individuelles.
N’est-ce pas quand même un peu simpliste ?

Certes, les droits des parents sont-ils légitimes et constitutionnels.
Mais les parents sont-ils nécessairement infaillibles ?
Prennent-ils en considération l’évolution de notre
société vers le pluralisme des cultures et des
convictions et la nécessité de rechercher un consensus de valeurs citoyennes communes ?
Ont-ils été informés, au-delà des traditions religieuses québécoises, des alternatives laïques ?
Il est évident que non : le nouveau cours d’éthique et de culture religieuse privilégie la découverte de la seule expérience religieuse et de ses expressions à travers de six religions. Il récupère certes les principes de la laïcité
politique (la neutralité, la tolérance, l’ouverture à l’autre, le dialogue, le vivre-ensemble, …), mais pas - hélas-
ceux de la laïcité philosophique (autonomie, respect des valeurs humanistes, responsabilité individuelle, esprit critique à partir d’alternatives non religieuses, …).

Les deux programmes de ce cours font seulement
mention, mais sans les détailler, et donc pro forma, de l’ “existence de diverses traditions, idéologies, courants de pensée séculiers, qui “entendent” (sic) définir le sens et la valeur de l’expérience humaine en dehors des croyances et des adhésions religieuses” (…) et “apporter d’autres pistes de réponses aux questions
existentielles (l’existence du divin, le sens de mort, et la nature de l’être humain”, et ce, à textes philosophiques - honnêtement choisis ? -
(Kant, Nietzsche, Sartre et Freud). Aucune allusion aux fondements et aux objectifs de la morale laïque, de l’humanisme laïque, de la spiritualité laïque, etc …, ce qui permettrait pourtant aux jeunes d’être en mesure de choisir,
aussi tard et aussi librement que possible de croire ou de ne pas croire …

Certes, ce nouveau cours se veut “intellectuel” et non “confessionnel”, mais les enseignants sont-ils disposés et prêts, en toute honnêteté intellectuelle, et sans prosélytisme, à ne pas influencer leurs élèves dans le sens de leurs propres convictions, quelles qu’elles soient ?
Quant aux parents, ils doivent se demander, me semble-t-il, s’ils ont encore moralement le droit, fût-il légitime et constitutionnel, je le répète, de continuer à donner à leurs enfants la même éducation que celle qu’ils ont reçue.
Du moins s’ils veulent leur donner les meilleures chances de s’adapter harmonieusement à l’évolution du monde actuel.

Puisse ce cours (qu’il faudra améliorer) parvenir au moins à élargir l’horizon des élèves et à diminuer ainsi l’influence précoce, affective, unilatérale et donc exclusive du milieu familial.
A cet égard, je voudrais rappeler à Dominique RAINVILLE et à Martin THERER le poème de Khalil citaient en 2004, lors de la naissance de leur enfant : “Vos enfants ne sont pas vos enfants (…).Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas (…). Vous pouvez leur donner votre amour, mais non point vos pensées, car ils ont leurs propres pensées”…

“Panta rhei” …! Tout coule, tout change ! Même l’approche traditionnelle du phénomène religieux (théologique, philosophique, métaphysique, historique, politique, …) doit à présent être complétée par la prise en compte des récentes observations psychoneurophysiologiques qui
cherchent à en comprendre l’origine, le substrat fréquente pérennité, indépendamment de l’intelligence et du niveau intellectuel.
Au point d’en devenir peut-être un jour la clé de voûte …
Je propose à ce sujet la lecture d’un texte de deux pages :
http://atheisme.free.fr/Contributions/Croire_ou_pas_croire.htm

§

1. Si l’on estime que la “vérité” n’est jamais que personnelle, partielle et provisoire, n’est-il pas légitime de pouvoir choisir effectivement, c’est-à-dire aussi librement que possible, ses conceptions philosophiques ou religieuses ?
Si la vérité n’est jamais que personnelle, elle n’est pas pour autant subjective. La Vérité avec un grand « V » est un concept qui renvoie à l’universel, à quelque chose de transcendant, à quelque chose qui n’est pas limité par la perception de tout un chacun. Sans élaborer inutilement ici sur le libre-arbitre et les facteurs environnementaux qui conditionnent les choix effectués par les être conscients que nous sommes (Humains), il faut admettre à mon avis que l’on peut choisir ses croyances mais pas la Vérité — entendue comme la « réalité concrète » par opposition au phénomène.
2. Mais un libre choix n’implique-t-il pas de disposer de toutes les alternatives ?
Trop c’est comme pas assez! N’êtes-vous pas libre de choisir ce que vous désirez manger parce que tous les mets du Monde ne sont présentés sur la table devant vous? Le sens de la liberté présuppose — en admettant l’existence d’une contrainte inhérente dans la rareté relative des options — l’information complète et objective quant aux options entre lesquelles choisir. Je ne sais que répondre de plus que ceci, on n’a que 24 heures dans une journée. Donc c’est utopique que d’espérer disposer de Toutes les alternatives.
3. Au-delà de l’approche traditionnelle (philosophique, voire théologique) du phénomène religieux, pourquoi ne pas tenir compte aussi, avant de choisir, des récentes découvertes psycho-neuro-physio-génético-éducatives à propos de la foi ? (Damasio, P. Jean-Baptiste, M. Beauregard, Ramachandran,…)
On n’a encore et toujours que 24 heures dans une journée! Par ailleurs, tant l’approche philosophique que « psycho-neuro-physio-génético-éducative » est limitée car l’essence de ces deux approches est la même, l’observation de phénomènes. L’approche philosophique est peut-être plus « narcissique » même que la méthode scientifique puisqu’elle contient son objet en elle-même. Les deux découlent d’une tradition logique et leurs limites respectives réside justement en ce que ce sont des objets avec lesquels on peut « jouer à la logique » — comme l’on fait de l’algèbre avec des variables et des constantes. Les représentations avec lesquelles on « joue à la logique » sont des représentations Imparfaites de la « réalité concrète ».
4. Bien qu’il soit impossible de démontrer l’existence ou l’inexistence de Dieu, y aurait-il actuellement des arguments probants en faveur de son existence imaginaire et illusoire, (ceci dit sans chercher à convaincre qui que ce soit) ?
« Arguments probants »… « existence imaginaire et illusoire »… mm…. Je ne suis pas doué en pataphysique, désolé!
5. L’éducation religieuse précoce est certes un droit constitutionnel, mais étant forcément affective puisque fondée sur la confiance et l’exemple des parents pratiquants et des éducateurs, ne laisserait-elle pas des traces ineffaçables dans le cerveau émotionnel de l’enfant (par plasticité neuronale et synaptique), et ne perturberait- elle pas, à des degrés divers, l’esprit critique de l’adulte, fût-il scientifique ou intellectuel, dès qu’il est question de religion ?
Sur la précocité : Je ne crois pas que l’expérience émotionnelle s’arrête à l’âge de 5-6 ans.
6. Dire : “Mes enfants choisiront plus tard…”, n’est-ce pas méconnaître ou minimiser, évidemment de bonne foi, l’importance de cette influence affective ?
D’accord. Surpris?!
7. Toutes les religions et toute éducation religieuse ne sont-elles pas basées sur la soumission, (fût-elle parfois rationalisée a posteriori), plutôt que sur l’autonomie et sur la responsabilité individuelle ? (surtout hélas l’éducation coranique prise à la lettre, potentiellement susceptible de dérives, fussent-elles rarissimes).
Le cheminement spirituel peut être généralement exprimé comme une voie de l’amélioration de soi, du développement des capacités de l’Humain. Pour tous et chacun, la transmission de la connaissance peut se faire par l’expérience, par l’enseignement magistral, par lavage de cerveau ou autre méthode. Soit, l’éducation du maître au disciple implique une soumission de la part du disciple. Celle-ci n’est pas pour autant involontaire parce qu’elle est soumission. Gibran que vous citez (Ces enfants sont de vous mais leurs idées leurs appartiennent), je le comprends autrement. Le lieu de leurs idées, l’espace de leur fixité, est en eux. Les idées s’appartiennent à elle-mêmes. L’éducation est une transmission de connaissance. La soumission n’est pas acceptation…
Sur ce dernier point (La soumission n’est pas acceptation…), il faut reconnaître que nous nous écrasons tous à un moment ou un autre devant l’autorité — du professeur qui nous dit de nous asseoir et d’écouter par exemple — mais il n’y a pas là acceptation. La révolte n’a pas besoin d’être manifesté dans les comportements expressifs. Ceux-ci sont utiles pour communiquer sa révolte. Le rejet d’une croyance suffit.
8. Face aux prodiges de la nature (par exemple le génome, les différents stades embryonnaires, le cerveau, l’oeil, …), et aux lacunes de nos connaissances actuelles, n’est-il pas quand même un peu rapide, simpliste et sécurisant de conclure qu’il existe nécessairement un dieu, dont on a la révélation et auquel on se soumet, ou un grand architecte de l’univers, euphémisme symbolique du précédent …?
Il y a dans cette question une confusion entre anarchisme politique et pensée critique qui est exprimée dans l’expression consacrée « Ni dieu ni maître! » Comme si la liberté politique, intellectuelle, économique — nécessaires dans une certaine mesure — était synonyme indissociable d’athéisme…
Par ailleurs, de l « ’euphémisme symbolique » de l’ « architecte de l’univers » au « dieu, dont on a la révélation et auquel on se soumet, » il n’y a pas qu’un simple rapport de juxtaposition : la première expression implique une action (soumission à la lettre de la loi) ainsi qu’une doctrine (la parole de dieu révélée) tandis que la seconde expression en est pour ainsi dire entièrement dépouillé.
Sécurisant, soit. Simpliste, je n’en sais rien. Mais une chose est certaine, la croyance en l’existence de dieu n’est ni plus simpliste ni plus sécurisante que l’idolâtrie de la science ou de toute chose matérielle. Il y a de ces questions sur lesquelles la science n’a pas encore le fin mot. Comment sont les dinosaures disparus par exemple. Mais voilà une colle : Une âme survit-elle individualisée après la mort du corps? Quel est le sens de la vie? Si l’univers est en expansion, en quoi est-il contenu? Et pourquoi pas… Qui avait-il avant le Big Bang?! Ha! Ha! Pas facile…
9. Ne serait-ce pas parce qu’il est très difficile de prendre conscience de l’influence que l’évolution animale a exercée pendant des millions d’années sur le néocortex, devenu capable d’imaginer, par anthropomorphisme et grâce au langage, un “Père protecteur, agrandi et substitutif” (R.P. Antoine Vergote professeur à l’U.C.L.), en réponse à la peur de l’inconnu, dont la mort, et aux besoins d’amour, d’espérance, d’identité et de sens à donner à l’existence ?
Pourquoi pas… je ne crois pas que chacun doive se taper une crise existentielle avec le sens de la vie. Selon Becket, il faut la remplir d’actions. La satisfaction que procure une réponse à l’ensemble de ces questions ne décharge pas l’individu de la tâche d’exister. Il faut encore agir, sinon en finir d’une vie vide de sens…
10. A contrario, les parents incroyants n’ont-ils pas constaté depuis toujours qu’en l’absence d’éducation religieuse et/ou d’un milieu culturel religieux, la foi n’apparaît pas ?
Les « parents incroyants » n’ont-ils pas « constaté » « depuis toujours » demandez-vous.
1. Qui sont ils ces parents, des avocats plaidant l’inexistence de dieu ou des individus n’ayant pas fait l’expérience de la foi? 2. Comment constate-t-on la foi? Et que pourrait-on bien faire d’une machine qui la mesure?! 3. Toujours, toujours, toujours… ça me rappelle une chanson!
11. Pour qu’un libre choix ait les meilleures chances de se concrétiser, ne faudrait-il pas d’abord que les parents croyants, à l’instar des incroyants, n’inspirent pas à leurs enfants de faux problèmes métaphysiques et visent plutôt à développer davantage leur esprit critique à tous égards et une force intérieure suffisante ?
N’y a-t-il pas une différence à faire entre spirituel et dévot? Du reste, je ne peux spéculer sur le sens de « faux problèmes métaphysiques », « esprit critique à tous égards » et « force intérieure suffisante »…
12. Bien que la religion soit une affaire privée, ne faudrait-il pas que les enseignants, croyants ou non, idéalement réunis en un seul réseau pluraliste, acceptent honnêtement et sans prosélytisme, de faire découvrir aux enfants et aux adolescents, à leur rythme, toutes les options : croyance, déisme, agnosticisme, incroyance, athéisme, morale laïque, libre pensée, franc-maçonnerie, etc … ?
24 heures…
13. Enseigner (intellectuellement) “le fait religieux”, ne serait-ce pas le moyen de compenser l’influence familiale unilatérale et de réduire ainsi les inégalités socioculturelles, voire de remettre en question ou de nuancer la légitimité d’un enseignement confessionnel élitiste, perçu de plus en plus comme un ghetto anachronique, au profit d’un enseignement officiel (belge) de meilleure qualité ?
À quoi mesure-t-on la qualité d’un enseignement? À ses résultats peut-être… Quel bienfait espérer des changements culturels qui résulteraient d’un enseignement « de meilleure qualité? »
14. Au lieu de laisser les sectes et autres évangéliques harponner de plus en plus de croyants déçus par les religions traditionnelles, et même certains incroyants, n’est-il pas urgent de rendre illégaux l’abus de faiblesse et la manipulation mentale et de promouvoir la morale laïque, même si elle est rétive à tout prosélytisme ?
« L’abus de faiblesse et la manipulation mentale »… Wow! C’est brillant. Ils devraient ajouter cela à la Loi sur la protection du consommateur. La fraude, le vol et l’extorsion sont des actes illégaux dans la plupart des juridictions du monde occidentalisé de toute manière.
Quant à la morale laïque, qui en est l’auteur? Je ne crois pas que le verbiage « morale laîque » résolve d’aucune manière le complexe évoqué par Nietzsche ou Kierkegaard.
15. A présent en effet que les valeurs morales ne peuvent plus être imposées dogmatiquement, ne faudrait -il pas faire en sorte qu’elles soient concrètement et librement découvertes et acceptés par le plus grand nombre ?
Les églises n’ont plus le monopole des dogmes depuis qu’ils ont perdu le premier rang des porteurs d’opinion. En matière de sexualité par exemple, d’éthique bio-médicale ou encore d’économie sociale, il y a des porteurs d’opinions qui érigent en dogmes des croyances qui sont le fruit des intérêts de groupes déterminés. Ainsi, si l’on pouvait blâmer les hommes de vouloir perpétuer un système patriarcal à travers l’érection en dogmes religieux de pratiques culturelles comme le mariage des filles vierges, l’indissociabilité des mariages, l’interdiction de succéder des femmes, etc. on peut blâmer encore aujourd’hui un groupe ou un autre de soutenir une position morale (laïque, c’est vrai) qui ne fait bien que son affaire et qui n’est pas représentative d’une Vérité transcendante.
16. N’est-il pas temps aussi de faire comprendre à tous ceux qui l’ignorent que comme le prouve par l’absurde la délinquance juvénile - la conscience morale, le respect de l’autre et de sa différence, la tolérance, le sens des limites, l’autonomie, l’esprit critique, la responsabilité individuelle, etc., ne peuvent apparaître qu’au prix d’une éducation “humanisante” précoce, fondée sur l’exemple et sur des expériences affectives, vécues ou suggérées par empathie, parfois a contrario ?
Des exemples SVP.
17. Enfin, n’est-il pas urgent de faire découvrir que l’on peut donner à l’existence un sens non aliénant, moins individualiste, et comportant une spiritualité laïque aux multiples facettes, tant individuelles que collectives, visant à la fois l’épanouissement individuel, la solidarité et la recherche d’un consensus de valeurs communes, bien au-delà des conflits économico-politiques ?
Un souffle de pensée humaniste serait effectivement bienvenu.
18. La tolérance, dont il faut veiller à ce qu’elle ne tolère jamais l’intolérable, ne consiste-t-elle pas à respecter les individus (et ce, d’autant plus s’ils ont remis en question leurs conceptions, s’ils sont tolérants et respectent les valeurs humanistes telles que la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant), mais pas nécessairement leurs idées, toujours critiquables ?La condition posée au respect (remise en question des conceptions, tolérance et respect de la dignité de l’homme, de la femme et de l’enfant) indique possiblement deux choses. De deux choses l’une, ou bien la tolérance de ce qui est tolérable est une expression creuse et vide de sens, un écran de fumée pour contrôler le monde ou bien de deux choses l’autre, il existe donc un fondement à des valeurs humanistes, absolues, applicables à tous les humains sans égards à leur culture.
19. Ne serait-ce pas une manière - soyons optimistes à long terme - d’inciter les humains, sous toutes les latitudes, à l’apprentissage des relations humaines, à la citoyenneté, à la coexistence pacifique entre les cultures, et de freiner l’islamisation de la modernité au profit de l’adaptation de l’islam à la modernité ?
« Islamisation de la modernité » c. « adaptation de l’Islam à la modernité »… On ne parle plus d’athéisme ici!? Je me trompe?!
20. Même si une telle vision est utopique, ne mérite-t-elle pas d’être débattue ?
Laquelle???
[…] étant entendu que le but de cet échange de vues n’est évidemment pas de chercher à nous convaincre mutuellement, mais de mieux discerner nos points de convergences et de divergences.1. Vous reliez la « Vérité transcendantale » à l’univers, à un être transcendant. Bien qu’une telle vérité ne soit pas crédible à mes yeux, puisque je la considère comme un des fruits de l’imagination, je peux comprendre qu’elle soit crédible pour un croyant : j’ai en effet été croyant -protestant- jusqu’à 21 ans, puis déiste, agnostique, incroyant, et athée à 25. J’en ai 69. Je pense qu’on ne choisit pas ses croyances, du moins celles imposées (« de bonne foi », par la famille et le milieu culturel.J’observe que, statistiquement, mais aussi dans mon cas, l’apostasie est rare après l’âge d’environ 25 ans, et impossible chez les musulmans et les évangéliques, à défaut d’alternatives non aliénantes (à de rarissimes exceptions près qui confirment la règle).On ne choisit pas non plus la Vérité, puisqu’elle découle des croyances. C’est pourquoi la « vérité » me paraît devoir être personnelle, partielle et provisoire, mais pas nécessairement subjective, dans la mesure où elle s’échafaude sur base du libre examen et de l’esprit critique, à partir d’observations scientifiques, toujours révisables en fonction d’éventuels éléments nouveaux.Mais il va de soi que l’objectivité totale n’existe pas.La vérité n’est pas pour moi une réalité concrète mais seulement possible.2. Je n’aurais pas dû écrire « disposer de TOUTES les alternatives”, mais de celles différentes de la croyance.3. Je ne pense pas qu’ « on joue à la logique » avec les observations psycho-neuro-physio-éducatives. Ce ne sont que des hypothèses de travail, même si, en l’absence d’observations contraires, il faut rester prudent en ne formulant pas de conclusions hâtives, a fortiori dans un domaine aussi complexe, sous tous ses aspects, que la foi. En « sciences humaines », la vérité est plus subjective qu’ailleurs …

4. Il n’est pas question de pataphysique et de solutions imaginaires. La question est de savoir si l’imagination, dont seul le primate humain a été pourvu avec le langage par l’évolution, a pu imaginer un dieu protecteur et substitutif pour sa défense et son bien-être. Cela me paraît hautement probable, mais je ne peux pas dire certain.

5. En effet, l’expérience émotionnelle dure toute la vie, mais celle de la prime enfance, en l’absence de correctif par l’esprit critique, laisse toujours des traces dans le cerveau affectif.Ce fait ne me paraît plus contestable, ni d’ailleurs contesté, puisque les éducateurs religieux s’emploient, à dessein, à accentuer cette imprégnation affective dès l’enfance.

6. Non, je ne suis donc pas surpris que vous reconnaissiez donc cette influence affective.

7. L’éducation du maître au disciple n’implique pas une soumission de ce dernier, mais une confiance. Quand Khalil GIBRAN écrit : « les enfants ont leurs propres idées », il veut dire à mon avis qu’ils ont le droit, aussi tôt que possible, d’avoir leurs propres idées et non celles de leurs parents. Entre-temps, l’univers mental de l’enfant est essentiellement magique et ludique.

8. L’athéisme n’a évidemment pas l’apanage de la liberté, quelle qu’elle soit. Mais il serait prévisible et légitime de penser que les croyants qui n’ont pas remis en question leur foi, notamment quant à ses origines, sont moins libres que les athées, en tous cas ceux qui sont passés de la croyance à l’athéisme. A mes yeux le « grand architecte de l’univers » est l’équivalent déiste du dieu théiste.On l’a interprété comme « le symbole des lois et des forces qui président à l’évolution universelle d’une façon toujours plus harmonieusement adaptée aux conditions de la vie ». Mais cette conception optimiste me semble plutôt contredite par ce que l’homme a fait de la nature, par la violence dont il a toujours fait preuve, par les injustices, etc …Grand architecte et dieu expriment tous les deux le même anthropomorphisme, le même déterminisme et le même finalisme. Il me semble qu’il y a longtemps que plus personne n’est positiviste : le temps est passé où l’on pensait que la science allait tout expliquer et ne serait qu’une source de progrès.La vigilance s’impose plus que jamais sur l’usage que l’on en fait.

« Une âme survit-elle » ? Je ne peux pas m’imaginer ce qu’elle pourrait être, si ce n’est le souvenir qu’on laisse, ou « l’esprit » qui a présidé à ce que l’on a réalisé.Le sens de la vie, c’est, me semble-t-il, de contribuer à rendre les autres aussi heureux que possible et à faire sa part dans la construction du progrès humain. Pourquoi l’univers devrait-il être contenu dans quelque chose ? C’est anthropocentrique !Déjà ANAXAGORE, vers 400 avant notre ère, pensait que la matière n’a ni commencement ni fin et qu’elle est le résultat de combinaisons et de séparations. Ce que confirmera, au 18e siècle, Antoine de LAVOISIER en découvrant les lois de la conservation de la matière, résumées par son génial principe : « Rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme ». En simplifiant à outrance, disons que si le « big bang » n’est actuellement plus contesté, il n’est pas pour autant synonyme d’ « instant initial » ou de « création », puisqu’il y avait déjà de la matière (des isotopes d’hydrogène, d’hélium et de lithium) et de l’énergie, sous forme de micro-ondes. D’autre part, l’accélération de l’expansion de l’univers (et non son « effondrement » par « big crunch ») n’est plus contesté non plus, ce qui suggère qu’il est infini et éternel, et qu’au-delà de « notre » univers observable, il y en a sans doute une infinité d’autres, et une infinité de big bang … Déjà DEMOCRITE, notamment, vers 350 avant notre ère, avait compris que « les mondes sont innombrables » ! Mais je ne suis pas spécialiste !

9. D’accord.

10 et 11. Les parents incroyants constatent (« toujours » est inutile) que leurs enfants n’ont pas spontanément la foi ( il faudrait pour cela qu’ils subissent des influences extérieures et incontrôlées). Il leur suffit de répondre à leurs interrogations, au fur et à mesure.Les parents croyants au contraire, témoignent de leur foi par leur comportement (prières, fêtes religieuses, …). La foi se constitue alors par mimétisme des parents et des éducateurs croyants. Les « neurones miroir » jouent sans doute un rôle.

12. Faire découvrir non pas « toutes » les options aux adolescents, mais les plus importantes : ne fût-ce que par honnêteté intellectuelle. Entre 1952 et 1958, à Bruxelles (Etterbeek), les deux pasteurs que j’ai connus nous cachaient volontairement toute autre option que la croyance !). Ce ne serait plus possible aujourd’hui … !

13. J’aurais dû ajouter « enseigner le « fait religieux » ET le « fait laïque » »…La qualité d’un enseignement se mesure certes à ses résultats, mais aussi à l’harmonieuse adaptation des jeunes à tous les aspects de la modernité.

14. A propos des sectes, j’ai eu l’occasion d’avoir un dialogue, à partir des mêmes 20 questions avec un défenseur des « nouvelles spiritualités ». Il est lisible via Google :« Réponse à un libre penseur, par André TARASSI ». Mais je ne voudrais vous saturer de ma prose ! Disons en deux mots que l’endoctrinement, qui vise d’ailleurs à dépouiller les adhérents, est pire à mes yeux qu’une simple escroquerie ou un simple vol.La morale laïque n’a pas pour but de répondre ni à NIETZSCHE ou à KIERKEGAARD, ni à aucun philosophe, même si l’étude de leur texte est intéressante, mais, du moins à mes yeux, ils n’ont plus qu’un intérêt historique.La morale laïque n’a été inventée par personne. Elle s’est constituée progressivement, d’abord en réaction avec le dogmatisme catholique de la morale religieuse. Sarkozy les estime « complémentaires » !! Pas du tout ! Certes, elles ont en commun le respect de certaines valeurs, mais pas leurs priorités, et leurs fondements sont différents et même contradictoires. En effet, la morale religieuse implique la croyance exclusive en un dieu révélé et en un texte “sacré” auxquels on se soumet, et elle impose le respect des valeurs morales qu’elle édicte. La morale laïque, au contraire, incite à l’ouverture à la différence de l’autre, à l’autonomie et à la responsabilité individuelle, chacun n’ “obéissant” qu’à sa conscience, qui est son seul juge. Les valeurs morales y sont librement découvertes, acceptées et respectées. Mais il va de soi que la soumission à un dieu, à des degrés divers selon les religions et les individus, restera toujours un droit fondamental, d’autant plus respectable que la foi n’aura pas été imposée dès l’enfance mais résultera d’un libre choix.

15. La morale laïque ne s’impose pas. Elle exclut toute référence à une transcendance, mais, n’en cache pas l’existence, et rien n’empêche que quelqu’un lui préfère la morale religieuse.

16. Des exemple ? C’est à partir de dilemmes moraux, dans la vie courante ou à propos de l’actualité que les professeurs de morale incitent les adolescents à réfléchir et à édifier leur conscience morale autonome et responsable. Par exemple, faut-il dénoncer un dealer ou le laisser continuer à risquer que certains meurent d’overdose ? Un médecin doit-il faire une transfusion nécessaire à la survie d’un enfant si ses parents musulmans ou membres d’une secte s’y opposent ? Faut-il, au nom du principe catholique de « respect de l’ « être humain » dès la fécondation de l’ovule », laisser vivre un enfant viable mais malformé au point que sa qualité de vie ne sera pas digne d’un être humain (sans compter les épreuves de ses parents, mais pas celle des religieux moralisateurs …) ? Les solutions, en l’absence d’un dieu, sont plus compliquées, mais plus humaines …

17. O.K.

18. La tolérance, ce n’est pas « supporter » celui qui est différent. C’est l’accepter dans sa différence, parce qu’elle est enrichissante et source de dialogue et de compréhension mutuelle. C’est l’accepter en tant que personne, même si l’on ne partage pas ses idées ou ses croyances qui, elles, sont toujours critiquables, même si l’autre est victime d’un système qui ne lui a laissé aucun choix. Ceux qui ont imposé leur croyance sont par contre critiquables.En vertu des valeurs humanistes et universelles de respect de la dignité humaine, les laïques engagés dont je suis, vous l’aurez compris, considèrent comme étant intolérable des pratiques religieuses ou traditionnelles telles que l’excision, a fortiori sous nos latitudes.

19. C’est la coexistence pacifique (mais il y a les « fous d’Allah, incurables … !), malgré les différences « socialement admises », au-delà des différences entre les croyants et les non-croyants, et malgré les inégalités socio-économiques, qui est l’objectif de l’humanité et la gageure de ce siècle.Dans l’immédiat, bien que Belge, je suis effrayé par les positions du nouveau président français, inconscient de l’influence sa religion sur sa fonction et qui, c’est un comble, la conjugue avec une volonté de pouvoir quasi dictatorial, dont tant d’exemples tragiques jalonnent l’histoire… !

20. C’est évidemment d’une vision humaniste, qui n’exclut pas pour autant celle des croyants, qu’il importe de débattre, me semble-t-il.

§

1. J’ai dû mal interpréter votre question. Vous faites pourtant une première proposition relative (« que la “vérité” n’est jamais que personnelle, partielle et provisoire ») dans votre question. J’en induit que vous opposez cette « vérité » à une vérité « personnelle, partielle et provisoire ». Ne croyez vous pas qu’il y a au fond des choses, derrière les phénomènes, une quelconque « réalité concrète », avec ses règles propres?3. Lorsque vous écrivez qu’ « En « sciences humaines », la vérité est plus subjective qu’ailleurs… », j’en conclu qu’un point de contention entre nos conceptions des choses est le suivant: la nature de la vérité. Lorsque je classe dans le domaine de la logique la philosophie et la science confondues, c’est parce que je confine dans un autre domaine la « vérité » (que je crois absolue, transcendante, échappant à la subjectivité), un domaine qui m’échappe. Agnostique?!4. Vous aurez relevé dans mon commentaire un brin d’humour, je l’espère. Je suis parfaitement d’accord avec vous sur ce point. Par ailleurs, notre discussion à propos de la question no. 4 est peut-être limitée du fait que nous venons tous deux d’une société judéo-chrétienne. Dans les religions sémitiques qui y évoluent, la conception de dieu est une conception hautement personnalisée. Si dieu nous a fait à son image, on conçoit celui-ci comme à notre image également. D’où un ensemble de qualités et de facultés humaines qui lui sont prêtées.Dans les traditions bouddhistes, au contraire, l’idée, le concept, de «quelque chose» d’universel ou transcendant n’est pas personnalisée. Pour ce que je connais du bouddhisme… c’est seulement un « peut-être » que je voulais exprimer ici.7. Merci de votre réponse une fois de plus. Cette idée de la relation du maître au disciple comme reposant sur la confiance plutôt que la soumission est enrichissante. Croyez vous qu’il y a quelque chose d’immoral (ou de mauvais ou d’indésirable si vous êtes amoral) dans l’abus de confiance que l’enfant prête à ses éducateurs?

8. Vous n’êtes pas spécialiste? Que faire des spécialistes de toute manière? Ils se contredisent entre eux… L’important à mon avis c’est de se poser ces questions (quoiqu’il n’y a pas de mal à ne pas se les poser non plus) et d’ouvrir son esprit à un tel
questionnement.

10 et 11. C’est probablement ce qui devrait se trouver dans ma liste de lecture pour l’année prochaine: la nature de la foi. Extrêmement intéressant: mimétisme neuronal. Il y a dans la communion, à titre d’exemple, une expérience psychologique de groupe. Cette expérience comme telle, le fait qu’il y ait un phénomène qui se produit — sans égards à notre croyance quant à l’opération du de l’esprit saint — est également intéressante. Que sont ces choses que la foi, l’expérience de la prière, la communion, etc.?Pour défier les doctrines théologiques (ou dogmes) avec succès (c’est mon avis), il est préférable de ne pas les attaquer de front avec une contre-doctrine; le combat se gagne plutôt en les affrontant sur un autre terrain, celui de l’expérience. D’une meilleure connaissance de ces phénomènes découle nécessairement un questionnement sur le contenu substantif et normatif des dogmes. Qu’en pensez-vous? Est-ce que ça devrait faire partie d’un enseignement critique de qualité?Un auteur que j’aimerais lire bientôt, le physicien français Jean E. Charon (Site externe), auteur de L’être et le verbe; L’Esprit, cet inconnu; J’ai vécu quinze milliards d’années; Mort voici ta défaite; et L’esprit et la science.

12. D’accord. Je demeure néanmoins incertain que l’école soit le lieu et la place pour ce faire. Je suis pragmatique ici et non idéaliste. Ça devrait être le lieu et la place. Mais les enseignants québécois sont parfois bêtes et j’ai déjà fait le pari que la réforme proposée au Québec va faire des flammèches en septembre. Je tiens donc mon pari. Je me ferai l’apôtre d’une plus grande réforme si je le perds!

14. Merci encore de contribuer à maintenir une discussion si enrichissante vivante. À lire votre réponse quant à l’essence contradictoire de la morale laïque et de la morale religieuse, je constate que mes dilemmes moraux que je notais plus haut ne sont peut-être pas entièrement résolus! (Je ris en écrivant ceci.) C’est très intéressant ce que vous écrivez. Vous prêtez donc une grande valeur à la morale laïque en ce qu’elle est la seule morale apte à susciter l’aval d’une société plurielle. Il s’agirait d’une morale qui accommode la pluralité, tenant en compte tant les valeurs morales religieuses de certains individus qui composent la société que d’autres les autres valeurs morales. Je vous comprends bien?!Cette position est d’ailleurs compatible avec la conception de la morale qu’a adopté la Cour suprême du Canada dans l’affaire R. c. Labaye (Droit d’opérer un club d’échangiste en contravention de l’infraction de « tenir une maison de débauche »). Au par. 34, la juge en chef McLachlin (qui a rendu l’opinion majoritaire dans ce jugement) écrit : «La société canadienne, dans sa Constitution et ses lois fondamentales semblables, ne reconnaît pas officiellement d’opinions religieuses particulières, mais plutôt la liberté d’avoir des opinions religieuses particulières. Cette liberté n’appuie aucune opinion religieuse en particulier, mais affirme le droit à une variété d’opinions différentes.»

16. Je vous renvoie ici à mon commentaire sur la question no. 15 («Ainsi, si l’on pouvait blâmer les hommes de vouloir perpétuer un système patriarcal à travers l’érection en dogmes religieux de pratiques culturelles comme le mariage des filles vierges, l’indissociabilité des mariages, l’interdiction de succéder des femmes, etc. on peut blâmer encore aujourd’hui un groupe ou un autre de soutenir une position morale –laïque, c’est vrai– qui ne fait bien que son affaire et qui n’est pas représentative d’une Vérité transcendante.»).

Dans les exemples que vous m’avez écrit, il y a certes matière à dilemme moral et je suis d’accord avec vous que la résolution de ceux-ci en excluant la morale religieuse est une solution humaine. Je ne crois toutefois pas que la morale religieuse ne soit pas humaine.Dans la résolution de ces dilemmes, la solution démocratique sera souvent (corrigez-moi si j’ai tort) celle qui va dans la direction d’un laisser-aller, d’une plus grande liberté individuelle : divorce, avortement, contraception, eugénisme, euthanasie, etc. Je ne me prononcerai pas sur la justesse de chacune de ces choses; mais admettez avec moi que celles-ci sont possibles uniquement parce que nous avons placé dans nos sociétés la morale laïque au dessus de la morale religieuse. Bien ou mal nous en prenne, c’est une autre question.Je crois, pour répondre à cette dernière que j’ai lancé en l’air, que mal nous en a pris en matière d’avortement par exemple. Au Québec ils ont lieu en plus grand nombre qu’avant — la faute revient peut-être aux lacunes dans l’éducation reliée à la santé sexuelle et reproductive — au point où ça devient alarmant. Et à qui est-ce que ça a profité? Aux médecins qui pratiquent les avortements en premier lieu. Toute la série de décisions au Canada qui ont mené à la décriminalisation de l’avortement sont des décisions qui ont été rendues dans des affaires où le médecin était accusé, pas la femme.

18. Je me suis peut-être fait ici l’avocat du diable. Je suis d’accord avec vous, peut-être pour des raisons pas si différentes : je tiens comme des valeurs primordiales le respect de l’intégrité humaine et le droit à la vie.

§

1. Derrière les phénomènes, il y a notamment les lois (bio)physiques et chimiques qui les régissent et qui répondent à la question du “comment”. Mais la question du “pourquoi” est spécifiquement humaine et les réponses sont subjectives, y compris aux “faux problèmes”, fruits de notre imagination. Par exemple le “bien” et le “mal”, qui n’existent pas dans la nature. Pour moi, le “bien”, c’est ce qui va dans le sens du progrès humain, de l’épanouissement de l’être humain, dans celui du respect de la dignité humaine, et inversement pour le “mal”.C’est en ce sens que je considère la “vérité” comme personnelle, partielle et provisoire, jusqu’à ce que d’éventuels éléments nouveaux viennent l’infirmer ou la nuancer. Depuis plus de quarante ans, je confronte mes idées à tout ce qui pourrait les contredire, par exemple à propos de l’existence de “Dieu”. Au-delà de quelques nuances, personne n’a hélas réussi -je l’aurais pourtant apprécié - à me démontrer que je me trompais. Je reste donc bien évidemment ouvert à la contradiction, raisonnée s’entend.
3. A mes yeux, une “vérité absolue, trancendantale” est une vérité extérieure, acceptée par soumission à des textes “sacrés”. Or ces textes sont tous des compilations et des manipulations d’origine humaine, au cours des siècles, et hormis leur intérêt poétique, mythique, très peu historique et leur éventuel message moral (mais ambivalent !), ils ne sont pas crédibles. Si vous estimez qu’il existe une “vérité absolue”, il me semble que vous n’êtes pas agnostique, mais déiste ou croyant, ce qui est évidemment votre bon droit !
4. Le bouddhisme, religion sans dieu, croit à la réincarnation, autre forme (bien légitime à l’époque) d’ l’anthopomorphisme et d’anthropocentrisme, et donc pour le moins suspect d’être aussi un produit de l’imagination, et donc illusoire.

7. Ce qui est immoral et indigne, c’est que le maître exploite la crédulité et la confiance du disciple.

8. D’accord : ce qui importe, c’est de (se) poser des questions et non de fournir des réponses.

Au mieux, des hypothèses de travail. Comme le dit Paul DANBLON, qui est un scientifique: “Je suis agnostique, à hypothèse de travail athée”.

10-11. Les “neurones-miroir” chez l’enfant, mais aussi chez l’adulte, responsables de l’empathie, jouent très probablement un rôle dans l’endoctrinement, en l’absence d’esprit critique.

Attaquer de front les dogmatiques ne sert à rien, en effet. Par définition, ils ne changeront pas d’avis.

Par contre, en cherchant à mettre en place des conditions éducatives d’un libre choix entre le dogmatisme et le libre examen, on est en principe gagnant, du moins si l’on s’adrese à des jeunes encore capables de modifier leurs “options fondamentales”.

Un enseignement dogmatique, chrétien ou coranique, est à mes yeux un crime contre l’esprit.

Je ne connaissais pas Jacques LANGUIRAND.

14. Oui, vous avez bien compris : la morale laïque n’est pas prosélyte, contrairement à la morale religieuse, laquelle fait actuellement semblant de ne pas l’être, récupérant ainsi, hypocritement, les principes et les valeurs laïques d’ouverture à l’autre, incontournables de nos jours.

Ce genre de procès ne m’étonne pas dans un pays où le puritanisme d’antan l’emporte encore sur la liberté individuelle d’adultes consentants et responsables.

Je ne pense pas que la morale religieuse soit inhumaine, mais comme elle fait référence à un “être transcendant”, elle n’est plus “humaine”, c’est-à-dire immanente.

La solution démocratique ne va pas nécessairement dans le sens d’un laisser-aller : la morale laïque n’est pas laxiste. Elle prône au contraire, de manière plus exigente que la morale religieuse, le respect des valeurs librement consenties dont la conscience individuelle est le seul juge.

L’avortement est toujours le résultat d’un échec, et même un drame humain. Personne, laïque comme religieux, n’est favorable à l’avortement. Seulement à sa dépénalisation et à sa règlementation. Il est regrettable hélas que des médecins “profitent” de la détresse des femmes et du refus de certains de leurs collègues qui refusent de pratiquer des IVG pour raisons religieuses.

Je suis actuellement occupé à lire, via Google ” Attitudes religieuses et psychologie, par Hervé LINARD de GUERTECHIN, (75 pages), un catholique cherchant manifestement à rationaliser la croyance, comme le faisait déjà le jésuite Antoine VERGOTE en 1966. Il m’intéresse surtout à propos de sa (mauvaise) compréhension de l’athéisme. Lorsque je lui aurai envoyé ma réponse, je ne manquerai pas de vous en envoyer une copie pour information.